Roland Petit quitte les scènes de la danse
Roland Petit est mort hier, dimanche 10 juillet pour une leucémie fulminante.
Né en 1924, il entre à l'Ecole de danse de l'Opéra à 8 ans, où il restera jusqu'au 1944. Sa passion pour la chorégraphie était trop forte et l'Opéra ne lui donnait pas la possibilité de se réaliser. En fait à partir déjà du 1942 il avait signé ses premières chorégraphies dont le pas de deux Paul et Virginie. Ses débuts passionnent l'intelligentia artistique parisienne: Cocteau, Marie Laurencin, ou Christian Bérard qui signe alors les costumes de ses ballets.
En 1948, Roland Petit en désaccord avec la direction des Ballets de Champs Elysées quitte la troupe et fonde Les Ballets de Paris avec le concours de Jean Anouilh, Edouard Derain, André Clavé et Leonor Fini.
Ce sont alors Les Demoiselles de la Nuit qui révèlent un nouvel aspect du talent de Margot Fonteyn. C'est aussi et surtout Carmen avec Renée Jeanmaire rebaptisée Zizi dans le rôle titre et Roland Petit dans le rôle de Don José. En 1950, Ninette de Valois lui propose de faire une chorégraphie pour le Sadler's Wells Ballet, Ballabile.
Hollywood l'appelle et il signe en 1952 la chorégraphie de Hans Christian Andersen, biographie musicale de la vie de l'auteur avec Danny Kaye, Farley Granger et Zizi Jeanmaire. Il s'ennuie et rentre à Paris où il travaille avec les musiciens et décorateurs contemporains, comme Dutilleux et Carzou avec qui il fait Le Loup, Deuil en vingt-quatre heures.
Il retourne à Hollywood en 1955 et signe les chorégraphies de la Pantoufle de verre avec Leslie Caron et celle de Daddy Long Legs avec Fred Astaire et à nouveau Leslie Caron.
En décembre 1954, il épouse Zizi Jeanmaire. C'est pour elle que Roland Petit vient au music hall où il règle ses revues. Et c'est à cause d'elle qu'il ne s'est jamais totalement lié au Ballet de l'Opéra de Paris. Elle sacrifiera sa carrière cinématographique et théâtrale pour lui et ne danse pas les ballets d'autres chorégraphes.
En 1965, c'est la création de Notre-Dame de Paris pour l'Opéra de Paris. En 1968 il y créera Turangalila. C'est à cette époque qu'il envisage de prendre la Direction de l'Opéra de Paris, mais il y renonce très vite du fait de son caract-re.
En 1972, libre de toute attache, il se retrouve à la tête du Ballet de Marseille. Il y fait à la fois des reprises mais aussi de très nombreuses créations comme Coppélia, Casse-Noisette. Il y crée les Intermittences du coeur, l'Arlésienne, Soirée Debussy. En 1975, il crée La Symphonie Fantastique.
Les plus grands danseurs travaillent avec lui comme Rudolf Noureev et Margot Fonteyn dans Le Paradis perdu en 1967. C'est également Estasi pour Rudolf Noureev et Luciana Savignano, La Dame de Pique pour Michael Baryshnikov puis une nouvelle version pour Nicolai Tsiskaridze, la Rose Malade pour Maia Plissetskaia, etc. Rudolf Noureev, Mikhail Baryshnikov reprennent le Jeune homme et la mort. Dominique Khalfouni, danseuse étoile de l'Opéra de Paris quitte l'Opéra. Elle sera sa muse pour de nombreuses créations aux ballets de Marseille.
La dernière vedette des ballets de Marseille sera l'étoile du Kirov Altinaï Assylmouratova pour qui il créera son tout dernier ballet pour cette troupe, Le Lac des cygnes ou les Maléfices. Il adore travailler avec Nicolas Le Riche pour qui il créera le Guépard puis naturellement Clavigo. Il veut également l'immortaliser dans Carmen et le Jeune Homme et la mort.
Quitté en 1998 la Direction du Ballet de Marseille, il continue toutefois son activité de chorégraphe dans les plus grand théatres (La Scala, le Bolschoi, le Ballet de Pekin) et crée en 1999 Clavigo pour l'Opéra de Paris d'après l'œuvre de Goethe. En 2004, il remonte un spectacle « Les chemins de la création » où il évoque sa carrière avec des extraits de ses œuvres, ce spectacle existe en DVD. Toujours à la pointe, de nombreuses de ses œuvres ont fait l'objet d'une ou plusieurs captations télévisuelles.
Roland Petit a révolutionné l'art du ballet avec son elegance et sa sensibilité théatrale, en le portant à des sommets dramaturgiques et théâtraux rarement égalés, en imaginant des chorégraphies d'une modernité remarquable.

